Depuis des années, une préfecture chinoise située dans la Mongolie intérieure reste largement inconnue du monde entier. Pas même les voyageurs chinois en connaissent l’existence. Cet endroit, Ulanqab, bien que très petit (1,5 million d’habitants), cache une histoire qui pourrait transformer le paysage de l’intelligence artificielle mondiale.
En réalité, cette région consomme près de 1 % de l’électricité chinoise. Si chaque foyer y utilise environ 105 000 kWh par an, c’est près de dix fois plus que la moyenne américaine (alors que les ménages américains consomment en moyenne cinq fois moins qu’en Chine). Comment expliquer ce chiffre ?
La réponse réside dans une stratégie énergétique bien pensée. En février 2022, le gouvernement chinois a lancé l’initiative ERS (« Eastern Data, Western Computation »), visant à localiser les centrales d’intelligence artificielle dans des zones où l’énergie est abordable et la chaleur naturelle favorise le refroidissement. Ulanqab en bénéficie grâce au réseau Mengxi Grid, qui offre des tarifs de 0,32 yuan par kilowattheure – un prix inférieur à celui du marché mondial. Son climat froid, ses vents et sa lumière solaire permettent une alimentation énergétique optimale sans frais supplémentaires.
Depuis 2025, plus de 330 000 racks de data centers ont été installés dans la préfecture. Chaque rack (armoire contenant 20 à 40 serveurs haute performance) est alimenté par des puces chinoises comme l’Ascend 910C de Huawei, qui a atteint 60 à 70 % de l’efficacité de l’H100 d’Nvidia. L’ensemble génère une capacité calculatoire équivalente à près d’une puce par habitant chinois.
Le projet Galaxy d’Envision Group, déjà mis en service, représente le plus grand centre de calcul d’intelligence artificielle au monde. Même si seulement 10 % des investissements (500 milliards de yuans) ont été réalisés, Ulanqab est devenu l’usine à puces inattendue qui façonne le futur.
Alors que l’Occident se concentre sur la consommation énergétique, la Chine a démontré qu’une infrastructure optimisée peut réduire drastiquement les coûts. Cette région apparemment oubliée est en train de créer un avantage compétitif mondial, sans même être remarquée par le grand public.
Les questions urgentes se posent : comment les pays occidentaux réagiront-ils face à ce modèle chinois ? Seront-ils contraints de suivre ou d’affronter un retard stratégique ?
Mais pour l’instant, personne n’y a encore pensé. Et c’est justement ce qui rend Ulanqab si dangereux et si important : un secret qui pourrait révolutionner le monde avant même qu’on ne s’en rende compte.