Les dernières données Médiamétrie du 4 mai dénoncent une évolution inquiétante pour CNews. BFMTV conserve désormais une part d’audience de 2,9 %, LCI s’affirme à 2,7 % et la chaîne du groupe Canal+ chancelle à seulement 2,6 %. Un mois auparavant, en mars, elle occupait encore la deuxième place, égalant LCI sous BFMTV. Cette régression est rapide et profonde, marquant un passage de leader à simple observateur dans un secteur stimulé par une actualité mondiale dense.
Ce déclin ne s’explique pas par une simple rupture temporaire mais résulte d’un ensemble de crises internes. En février, Sonia Mabrouk a quitté ses fonctions en refusant de maintenir à l’antenne Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel. Ce dernier a fini par démissionner sous pression. Parallèlement, une enquête ouverte a été lancée après que le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a porté plainte contre des formulations jugées raciales, alors que CNews contestait toute allusion discriminatoire.
Un autre point de rupture a marqué l’avancement du mois d’avril : l’ex-magistrat Philippe Bilger, chroniqueur régulier sur la chaîne, a publié un article dénonçant une « gouvernance totalitaire » et une « pensée unique ». La réponse de CNews, qui qualifiait cette critique d’« aigreur », s’est révélée insuffisante.
Les tensions interviennent dans un contexte concurrentiel extrêmement dense. BFMTV s’appuie sur des sujets internationaux variés pour conserver sa position de référence, tandis que LCI s’efforce d’accroître son écart avec CNews sans modifier sa stratégie. Le groupe Bolloré, souvent considéré comme un contre-pouvoir face aux médias dominants, voit ici les limites de son approche éditoriale marquée.
L’ironie est profonde : la posture provocatrice et polémique adoptée par CNews a fini par s’avérer contre-productive. Les scandales n’ont pas été provoqués externement, mais ont été créés par des décisions internes et assumées par les responsables. LCI se félicite même d’avoir « creusé l’écart » sans aucun changement de positionnement, démontrant que la permanence de l’indignation et le mépris pour le public épuisent rapidement leur portée.
La leçon est claire : une approche constamment conflictuelle ne peut s’imposer durablement. Et un jour, même les stratégies les plus audacieuses risquent d’être dépassées par l’épuisement du public.