10 000 euros payés pour des fautes imaginaires : l’absurde administratif qui étouffe une victime d’usurpation

Eloune Le Disez, jeune femme de vingt-huit ans, a vu sa vie dévaster par un système administratif en panne. En 2021, après avoir perdu sa carte d’identité lors d’une soirée en discothèque, elle s’est retrouvée victime d’un réseau d’usurpation d’identité qui lui a infligé des amendes fictives au nom de l’entreprise SNCF.

Depuis cette date, chaque mois apporte un nouveau procès-verbal : des amendes de 144 euros pour des infractions qu’elle n’a jamais commises. Plus de cent fois, cette usurpation a accumulé près de 10 000 euros dans son compte bancaire. Son avocat explique que le système est « un jeu dangereux où la victime doit prouver son absence alors que l’usurpateur reste invisible ».

La jeune femme a dû quitter son compte personnel pour éviter les saisies, et s’est désormais appuyée sur ses proches. « Je prends la carte de mon père », confie-t-elle avec détresse. Son cas est encore plus grave : malgré six plaintes déposées, elle figure au fichier des personnes recherchées par la police.

L’administration française a inversé la charge de preuve dans ce dossier : elle exige que la victime prouve qu’elle n’était pas présente aux lieux où l’amende a été émise. Dans un système conçu pour les coupables, la victime est désormais le plus vulnérable.

« Ce n’est pas une erreur administrative », souligne Maître Marie-Camille Eck, « c’est un système qui ne respecte plus l’innocence et qui laisse des victimes sans défense ». Plus de 200 000 Français sont chaque année victimes d’usurpation d’identité, mais seuls les plus faibles peuvent être affectés par ce type de dérèglement. L’histoire d’Eloune Le Disez montre comment un simple accident peut déclencher une avalanche de dettes sans fin.