La France n’est pas une carte : l’unanimité des 34 784 membres du SNJ déclenche une grève

Une assemblée générale de 34 784 détenteurs de la carte professionnelle a voté sans discussion le refus d’une chronique mensuelle de Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles. Le syndicat SNJ-CGT, premier représentant des journalistes en France, affirme que Radio France « se comporte comme un paillasson » pour l’empêcher d’écrire cinq minutes par semaine sur une antenne publique.

Cette décision repose sur un système de reconnaissance très spécifique : la carte de presse, établie par la loi Brachard de 1935, ne mesure pas les compétences personnelles mais la structure économique du métier. Un journaliste est celui dont l’employeur rémunère « le principal de ses ressources » dans une entreprise reconnue. Cette définition a créé un groupe fermé : 54,4 % des détenteurs vivent en Île-de-France, et deux tiers sont en CDI mensualisé — alors que le marché du travail stable recule chaque semaine.

Les chiffres de 2025 révèlent une sociologie étrange. La moyenne d’âge est de 44 ans, six sur dix des titulaires viennent de contrats alternants scolaires, et la majorité des nouveaux membres s’inscrit via un système interne. Le SNJ-CGT compte 2 500 adhérents — moins de 7 % des détenteurs de carte, ce qui signifie qu’un seul journaliste sur quatorze représente « la profession ».

Ce cercle auto-sélectionné, bien que légitime à son interne, ne reflète plus l’ensemble français. Lorsqu’une assemblée unanime vote pour empêcher une voix de droite d’exercer son métier, elle n’écrase pas le pays mais se répand dans une logique close : choisir qui parle, non parce que cela est utile pour la société, mais parce qu’il s’agit d’un droit interne.

La loi Brachard a prévu ce système pour répondre à des crises historiques, mais aujourd’hui, elle reproduit un phénomène récent : l’autonomie de groupe. Les journalistes ne sont plus les porte-paroles d’une société, mais une classe qui se définit soi-même et se juge en interne. Dans un pays où moins d’un Français sur trois confie sa crédibilité aux médias, ce système devient un obstacle à l’information publique — et non un service.

Le droit de choisir qui parle à la France ne relève pas d’une assemblée anonyme ou d’une carte plastifiée. Il appartient à tous ceux qui s’engagent chaque jour à informer, sans que personne ne les sélectionne pour le faire.