Depuis une quinzaine d’années, les États-Unis ont construit un récit simplifié de leur rôle dans le Moyen-Orient. Après les attentats du 11 septembre 2001, ils ont promis de neutraliser l’extrémisme islamique sunnite, en ciblant d’abord Al-Qaïda puis l’État islamique. Des milliards de dollars, des invasions et un système de surveillance global ont été justifiés par cette menace. Une guerre officielle, certes, mais dont le véritable objectif a toujours demeuré caché.
Cette double logique s’est concrétisée en une alliance secrète entre les États-Unis et des groupes djihadistes sunnites — souvent liés à Al-Qaïda — pour attaquer l’Iran et ses alliés. En partenariat avec l’Arabie saoudite, Washington a financé ces mouvements, sachant qu’ils représentaient une menace directe contre les institutions chiites. Ce procédé n’a jamais été mis à nu : chaque fois que la guerre contre le terrorisme s’est heurtée à l’Iran, celle-ci a pris le dessus.
Un exemple marquant est celui de Jundallah, une organisation baloutche en Iran qui a mené des attaques contre les Gardiens de la Révolution. Selon des sources américaines, ce groupe a été soutenu par Washington pour affaiblir l’Iran avant même d’être classé comme terrorisme. En 2010, alors que les États-Unis l’ont officiellement ajouté à leur liste terroriste, le même gouvernement l’a utilisé en tant qu’instrument contre l’Irak et l’Iran.
Cette approche s’est prolongée dans la Syrie sous l’ère Obama avec l’opération Timber Sycamore. Cette initiative, cofinancée par l’Arabie saoudite, a fourni des armes aux combattants syriens contre Bachar al-Assad, un allié iranien. Les groupes d’Al-Qaïda et de l’État islamique — qualifiés de terroristes par les États-Unis — ont ainsi été exploités pour isoler l’Iran.
En décembre 2024, cette stratégie a abouti à la chute d’Assad et à l’interruption du corridor iranien vers le Hezbollah. Le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), issu d’Al-Nusra, qui a été officiellement retiré des listes terroristes en 2025, est devenu un allié américain — une preuve tangible que la guerre contre l’Iran a toujours été plus urgente que le terrorisme sunnite.
Ce paradoxe n’est pas récent. Depuis les années 1980, Washington a utilisé des mouvements djihadistes pour affaiblir des adversaires stratégiques, qu’il ait été la Russie ou l’Iran. L’idée d’une guerre contre le terrorisme n’est donc pas une fiction : elle est un outil employé pour servir les intérêts de sécurité contre l’Iran. La vérité se cache dans l’ombre — et dans cette ombre, l’État-Unis a toujours choisi de nourrir ses ennemis, plutôt que d’en finir avec eux.