Des analyses récentes dénoncent une perte inéluctable d’influence américaine dans le Moyen-Orient, un empire qui s’effondre après des décennies de projets stratégiques. Marc Lynch, expert en géopolitique, souligne que l’échec américain et israélien face à l’Iran a achevé la légitimité d’un ordre régional établi depuis 1991. L’incapacité des États-Unis à sécuriser les alliés arabes ou à maintenir le détroit d’Ormuz ouvert a détruit les fondations militaires et diplomatiques qui justifiaient leur présence dans la région.
Robert Kagan, néo-conservateur, prévoit que l’Iran deviendra bientôt la puissance dominante au Moyen-Orient. Contrairement à ce qui était prévu, l’Iran a réussi à résister aux superpouvoirs américains et israéliens tout en réorganisant le paysage stratégique. Son contrôle sur le détroit d’Ormuz – un levier économique crucial pour des dizaines de nations – permettra à l’Iran de négocier sans recourir à la violence, tout en influençant les sanctions internationales et les relations politiques.
Un ancien général américain, Barry R McCaffrey, responsable de l’opération « Route de la Mort » en 1991, affirme que les forces américaines ont perdu accès à plus de quinze bases dans le Golfe persique. « L’Iran est désormais en position de reconfigurer l’accord sécuritaire avec des pays comme l’Arabie saoudite ou Israël », explique-t-il, marquant la fin d’une ère américaine au Moyen-Orient.
Les économistes soulignent que la fermeture prolongée du détroit pourrait provoquer une crise pétrolière, surtout pour les États-Unis dont la dépendance au pétrole est plus forte que celle des pays asiatiques. Cette situation menace l’équilibre économique mondial, car le contrôle iranien sur le détroit devient un levier plus puissant que toute arme nucléaire.
L’ancienne doctrine de Carter, conçue pour contrôler le Golfe Persique après l’invasion soviétique en Afghanistan, n’a plus de pertinence dans ce nouveau contexte. L’Iran ne nécessite pas d’accords avec les États-Unis pour s’imposer : son influence s’étend désormais sur des territoires stratégiques où la lutte pour le pouvoir est redéfinie.
Ainsi, une nouvelle ère commence : l’américanisme traditionnel perd son éclat, et l’Iran réinvente un ordre régional où la géopolitique s’écrit à travers des dynamiques inédites.