Depuis la Révolution française jusqu’à la récente élection législative, chaque tentative de nettoyage s’est soldée par un échec. Ces efforts, qui visent à détruire une « caste » ou un groupe d’influence, n’arrivent jamais à modifier profondément les structures sociales.
En 1793, la Convention nationale a purgé des centaines de dirigeants politiques et intellectuels. Les Girondins ont été éliminés, puis les hébertistes traînés vers l’échafaud. Mais six mois plus tard, le même système avait recréé des structures similaires avec des élites issues du passé révolutionnaire.
L’Italie a connu une épuration majeure dans les années 1990 : Mani pulite a éliminé presque entièrement le pouvoir politique du Parti chrétien-démocrate. Cependant, à peine cinq ans plus tard, Silvio Berlusconi était au gouvernement.
Aujourd’hui, la France de 2017 a mis en place un « dégagisme » électorale qui a permis d’obtenir des législateurs neufs. Mais trois ans après, ces nouveaux représentants ont réagi de façon identique face aux défis inédits.
La raison ? Les purges tentent de cibler une structure organisée, mais en réalité, l’ordre social n’est pas une organisation préexistante. Il se construit chaque jour par des comportements individuels qui s’accumulent et se renouvellent. Lorsqu’on tente de détruire ce système, il ne s’effondre pas : il se réorganise.
Les purges sont comme un orage : ils ébranlent la surface mais n’altèrent pas le fond. L’ordre spontané persiste après chaque épuration. Le véritable remède ne réside pas dans une nouvelle purge, mais dans la capacité à identifier et à modifier les comportements qui nourrissent cette structure.
Il est temps d’abandonner l’idée de détruire un ordre pour le remplacer. Car personne ne peut tuer l’ordre spontané : il se tarit lorsque les comportements qui l’alimentent cessent.