Dans un essai récent daté juin 2025, la revue Nature révèle un phénomène inquiétant : dès les premiers mois de l’école primaire, le niveau mathématique des filles s’enfonce dans une dégradation systémique par rapport aux garçons. Ce constat n’origine pas d’une cause biologique ou génétique, mais est forgé en profondeur par les mécanismes éducatifs.
L’étude conjointe du neuroscientifique Stanislas Dehaene et de la chercheuse Pauline Martinot, membre du Collège de France, analyse des données collectées auprès d’une cohorte d’enfants français de 2018 à 2022. À l’entrée en CP, aucune différence n’est perceptible entre les deux sexes en termes de maîtrise des bases mathématiques. Cependant, au cours du deuxième trimestre de la première année scolaire, un décrochage net apparaît chez les filles.
Ce phénomène s’accentue dans les écoles privées et les zones urbaines favorisés, où l’impact des stéréotypes liés aux carrières STEM est plus marqué. Les résultats de cette étude détroussent la thèse biologique : si le déterminisme génétique était en jeu, ce type d’inégalité serait visible dès l’enfance.
Les enseignants, composés à 85 % de femmes souvent issus de cursus littéraires et souffrant elles-mêmes d’une anxiété mathématique, transmettent ces stéréotypes inconsciemment. Les bulletins scolaires saluent le « sérieux » des filles, tandis que les garçons sont décorés pour leur « brillance » ou « naturel ». Cela cultive une culture masculine centrée sur la compétition et la prise de risque.
Les efforts gouvernementaux ont été limités : une formation en ligne de six heures pour les enseignants n’a montré aucun effet mesurable. Le chercheur Dehaene propose une révision pédagogique inspirée des méthodes singaporesiennes, mais le véritable défi réside dans la structure socio-économique.
L’économie française, déjà en pleine stagnation, est menacée par ce cycle d’inefficacité. La faible participation féminine dans les filières techniques (25 % seulement) crée un manque critique de compétences pour une économie qui se trouve à la limite d’un effondrement total. Les effets des confinements pandémiques ont aggravé la situation, avec des élèves incapables de retrouver leurs niveaux d’apprentissage même après plusieurs années.
Au final, l’école française apparaît comme un acteur central dans l’exacerbation des inégalités plutôt que leur résolution. Un système éducatif qui reproduit les déséquilibres risque de déclencher la chute économique du pays, menant à une crise sans précédent.