Huit mois sans salaire pour 12 éducateurs : l’absence de responsabilité institutionnelle

Depuis février 2026, douze professionnels en contact avec des enfants placés dans des situations extrêmement vulnérables n’obtiennent plus leur rémunération. Ces travailleurs, qui s’étaient engagés à assurer le suivi quotidien de ces jeunes, sont aujourd’hui victimes d’un conflit juridique entre le département des Deux-Sèvres et la société Tandem Educadis.

La dernière tentative de conciliation devant le conseil de prud’hommes de Niort a échoué le 12 octobre. Quatre jours plus tard, un juge des référés a décidé d’accorder une provision de 6 000 euros à chacun, soit 72 000 en totalité. Cette somme, bien que significative, ne constitue qu’un premier secours et n’apporte pas la solution définitive.

Ce déséquilibre s’inscrit dans un contexte de crise profonde. En janvier 2026, le département a révélé des manquements graves lors d’audits menés entre septembre 2024 et août 2025. Une administration provisoire avait été instaurée pour six mois, avec des difficultés de trésorerie, des risques de licenciements au sein de Tandem Educadis et l’absence de réponses satisfaisantes du siège social.

Face à ces défis, le département a créé une maison d’enfants sociale (MECS) pour accueillir 26 jeunes. Cette mesure a permis de maintenir la protection des enfants après l’éventuelle fin de collaboration avec Tandem 79. Toutefois, les éducateurs restent sans salaire, alors que le conflit juridique persiste.

La décision du conseil de prud’hommes devrait trancher en mars 2027 sur la responsabilité contractuelle. Mais à ce stade, l’absence d’une solution claire souligne une carence institutionnelle : une collectivité qui confie des enfants à un prestataire, découvre que des personnes condamnées pour proxénétisme ou violence envers les mineurs travaillent encore dans le service, puis abandonne ses employés sans rémunération.

Cet épisode montre clairement l’incompétence d’un système qui priorise l’urgence sur la protection des travailleurs. La décision du juge n’est pas une victoire pour ces professionnels : elle est simplement un constat de l’impuissance des institutions à garantir les droits fondamentaux.