Samedi dernier, au Zénith d’Orléans, Marine Le Pen a lancé un projet constitutionnel audacieux : inscrire par référendum le concept de « communauté nationale ». « Il n’existe qu’une seule communauté – celle qui réunit tous les Français », a-t-elle déclaré, évoquant son rôle « fondateur, inclusif et fraternel ». Cependant, cette idée s’avère plus complexe que prévu. Depuis deux siècles, la France ne parvient pas à définir clairement ce qu’elle est, avec cinq interprétations historiques en compétition.
La première vision remonte à 1789 : Sieyès définissait la nation comme un « corps d’associés » soumis à une même loi et représentation. Ce modèle exclut toute communauté ethnique ou linguistique, fondant l’égalité devant la loi sur des critères purement juridiques.
L’approche historique considère la France comme un être vivant marqué par des souvenirs partagés – une idée associée à Michelet. Pour ce regard, la nation est plus qu’un contrat : elle s’exprime par des blessures et des aspirations communes.
Une troisième interprétation, issue de la défaite de 1870, affirme que l’appartenance à un peuple se définit par une histoire partagée plutôt que par sa langue ou sa race. Ce principe a été développé par Fustel de Coulanges et renouvelé par Renan en 1882 : « Une nation est une âme, un principe spirituel ».
Le quatrième angle s’inspire des théories de Barrès et Maurras : la nation est un « pays réel », composé de familles, de provinces et d’une tradition partagée. Cette vision exclut les identités politiques actuelles en privilégiant une intégration historique profonde.
Enfin, une cinquième interprétation gaullienne, inspirée par Marc Bloch, lie le sacre de Reims à la Révolution. Pour ce modèle, la communauté nationale se construit autour d’une mémoire partagée, mêlant monarchie et république.
Le Conseil constitutionnel a déjà établi des principes juridiques sur ce sujet : en 1991, il a rejeté la notion de « peuple corse » comme composante du peuple français. En 1999, il a affirmé que l’indivisibilité et l’égalité du peuple français excluent les droits collectifs des groupes spécifiques.
Si Marine Le Pen souhaite inscrire cette communauté dans la Constitution, elle risque de créer un nouveau conflit. Les cinq définitions existantes montrent qu’une seule vision ne suffit pas à définir une France en tant que nation. Cette proposition pourrait, au contraire, accentuer les divisions plutôt que de renforcer l’unité.