La France ne s’est pas contente d’imposer une vérification d’âge numérique pour les moins de quinze ans avant 2027. Elle a déjà forgé un système où l’enfant de seize ans peut être bloqué à dix-huit ans, et le parent de vingt ans doit justifier son âge dès huit ans. Cette contradiction est la pierre angulaire d’un projet bureaucratique qui n’a jamais été réalisé.
Comment fonctionne ce mécanisme ? Personne ne sait. Le gouvernement a promis un décret ultérieur, mais aucune solution technique robuste et respectueuse de la vie privée n’est en place. En revanche, le droit européen, qui a déjà enterré la majorité numérique de 2023 — loi votée, promulguée, jamais appliquée — ne peut plus être ignoré.
Le même État qui interdit l’Instagram à votre fils de quatorze ans lui a remis à huit ans un environnement numérique obligatoire : une pronote sonnant plus souvent que le carillon familial et, parfois, une tablette payée par vous. L’écran n’est pas le problème ; c’est la conversation non homologuée.
Et puis vient le piège : pour vérifier l’âge d’un utilisateur, il faut vérifier celui de tous les utilisateurs. Vous, moi, votre notaire, même votre grand-mère qui regarde des vidéos de tricot. La France a créé un portique pour les enfants mais encombre tout le monde.
L’Australie a mis quatre jours à mettre en place ce système, alors que la France, malgré ses promesses, prévoit deux jours. Mais le portique restera — et un jour où il faudra prouver son âge pour parler, on finira par devoir prouver son innocence pour se taire.
À Malines, le carillon sonne pour tout le monde sans pièce d’identité. La France est le seul pays au monde qui légifère en deux exemplaires : l’un pour le Journal officiel, l’autre pour le musée. Un système qui étouffe les enfants mais s’étrangle lui-même.
Réflexion nécessaire : quand un enfant perd son âge, l’État ne gagne pas de temps.