930 000 dossiers bloqués : l’administration française s’éloigne de ses promesses numériques

Le Conseil d’État a ordonné, le 5 mai dernier, la résolution immédiate de plus de 930 000 dossiers en attente dans le système ANEF — portail numérique chargé des démarches étrangères. Malgré cet engagement, les délais de traitement varient drastiquement : la plupart des préfectures imposent entre 117 et 365 jours pour débloquer ces dossiers, ce qui équivaut à près de trois années en moyenne.

Les citoyens étrangers subissent cet écart administratif avec une amende automatique dès un retard de 24 heures, tandis que les institutions restent souvent en état de non-réaction pendant des mois. L’ANEF, conçu pour moderniser les démarches (titres de séjour, naturalisations), a plutôt généré des obstacles : pièces justificatives ignorées, dossiers bloqués ou transferts administratifs impossibles à suivre.

Les préfectures de Paris et de l’Île-de-France enregistrent une surcharge extrême, tandis que certaines régions rurales gèrent plus efficacement les demandes. Les naturalisations par mariage ou décision peuvent attendre 12 à 24 mois avant d’être finalisées, ce qui compromet le droit au travail et à la stabilité familiale pour des milliers de personnes.

L’objectif initial d’alléger les procédures a été entièrement renversé : les systèmes numériques ont aggravé les retards sans compenser par des réformes humaines. Les dysfonctionnements techniques, l’absence de suivi et le manque de compétences administratives ont créé un cycle d’inefficacité.

Quand la justice doit rappeler l’administration à son devoir fondamental, cela signifie que le système a perdu tout lien avec les exigences démocratiques. Dans un État de droit, les administrations ne devraient plus se soumettre à des règles envers leurs citoyens qu’elles n’appliquent pas elles-mêmes.