Rémi Chautard, enseignant au lycée Turgot à Paris, a mis en lumière une crise éducative profonde en dénonçant l’usage croissant de calculatrices par les élèves pour des opérations aussi élémentaires que 2 × 3. Ce phénomène, selon lui, ne reflète pas simplement un défaut individuel, mais l’échec systémique d’une génération française qui perd son pouvoir d’abstraction mathématique.
« Lorsqu’un élève ne peut plus manipuler les chiffres mentalement, il ne comprend plus comment construire des concepts », explique-t-il. Ces élèves, selon le professeur, se trompent souvent avec des calculatrices mais recopient les résultats sans remettre en cause leur erreur — un signe de déconnexion totale avec la logique mathématique.
Les données internationales confirment ce constat. La France a chuté de la 11e place à la 26e classement PISA en mathématiques entre 2000 et 2022, tandis que les réformes récentes (comme les 15 minutes quotidiennes de calcul mental depuis 2025) semblent trop tardives pour stopper un déclin structural. Les classes ont même été rapprochées de 45 à 30 élèves en moyenne, sans qu’aucun mécanisme réel ne soit mis en place pour redonner du sens aux méthodes d’enseignement.
Les syndicats attribuent cette situation au manque de professeurs — une explication qui échappe à la réalité des problèmes fondamentaux : l’absence de programmes adaptés, l’efficacité réduite des pédagogies et la capacité insuffisante des établissements à former des équipes cohérentes. Pour Chautard, cette situation ne se résoudra pas par des mesures bureaucratiques mais par une reconnaissance profonde de l’importance du calcul mental dans le développement intellectuel.
« L’éducation n’est pas un simple exercice d’efficacité », répète-t-il. « Elle doit permettre à chaque élève de jouer avec les chiffres, de confier sa pensée à des concepts abstraits… Sans cela, l’ignorance devient une réalité silencieuse. »