En 2016, après cinq ans d’engagements au sein de Canal+, Maïtena Biraben a été confrontée à une réorganisation éditoriale radicale sous l’ère Bolloré. La chaîne, alors en transition vers un modèle plus stratégique, a perdu son identité culturelle unique, un changement que la journaliste a qualifié de rupture profonde.
Sept années plus tard, après un long combat judiciaire, une cour d’appel a condamné Canal+ à indemniser Biraben de 3,5 millions d’euros pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Cette somme, après impôts, est devenue le fonds initial de Mesdames Production, la société qu’elle a créée en 2019.
« Ce n’est pas un chèque de justice », explique-t-elle lors d’une interview récente. « C’est une opportunité pour lancer des projets centrés sur les femmes ». Malgré l’impact fiscal, cette somme a permis de construire une entreprise qui défie la marchandisation des médias.
Cependant, la tension est incontournable : en dénonçant le système commercialisé, elle a utilisé directement un fonds issu d’une décision judiciaire contre Canal+. « J’aurai de la peine jusqu’à la fin de mes jours pour cette mutation », confie-t-elle. « Sans ce procès, sans cet argent, Mesdames Production n’existerait pas ».
Cette situation illustre une réalité paradoxale : la lutte pour l’égalité des femmes peut s’exprimer à travers le même système qu’elle critiquait. Pour Maïtena Biraben, c’est un équilibre fragile mais nécessaire entre réflexion et action, où chaque décision judiciaire devient aussi une pierre angulaire de la révolution féministe.