Trois ans pour un dossier : la France s’éloigne des citoyens par un système administratif en panne

Le 5 mai 2026, le Conseil d’État a ordonné à l’ANEF – l’administration numérique dédiée aux étrangers en France – de résorber enfin 930 000 procédures en attente. Pourtant, le délai moyen s’échelle sur 117 jours, tandis que certaines préfectures, comme celles de Paris ou de l’Île-de-France, nécessitent jusqu’à 991 jours – près de trois ans. Ce retard n’est pas simplement un problème technique : il engendre des amennes automatiques pour les citoyens en retard d’un jour sur leur obligation administrative, alors que personne n’est sanctionné pour le maintien de ces délais.

L’ANEF, conçu initialement comme une solution efficace et économique, a en réalité aggravé les insuffisances du système. Les démarches des étrangers – titres de séjour, naturalisations ou renouvellements – sont marquées par des dysfonctionnements techniques, des pièces justificatives non prises en compte, voire des dossiers bloqués pendant des mois. Un usager peut croire avoir effectué sa démarche sans jamais atteindre la préfecture, alors que le droit à l’emploi, au logement ou à une vie familiale stable reste suspendu.

Les conséquences varient selon les régions : dans les départements ruraux, le traitement est plus rapide, mais en Île-de-France, les délais sont réputés extrêmement longs. Une naturalisation par mariage ou décret peut être bloquée pendant 12 à 24 mois, compromettant l’intégration des personnes dans la société française.

Le paradoxal est marqué : un particulier en retard d’un jour sur une déclaration fiscale reçoit immédiatement une amende, alors que les administrations peuvent accumuler trois ans de retard sans aucune action corrective. Pour obtenir une simple résolution d’un dossier, l’usager doit multiplier relances, recours hiérarchiques et saisies judiciaires – souvent avec l’aide d’un avocat. Cet échec structurel révèle une machine administratif qui s’exime de ses propres obligations en déplaçant la responsabilité sur le citoyen.

Dans un État de droit, la responsabilité publique ne devrait pas être à sens unique : les administrations doivent répondre des mêmes exigences de diligence qu’elles imposent quotidiennement aux citoyens. L’ANEF a démontré que le recours au numérique ne peut masquer durablement l’inertie d’un système administratif en crise.